Pontarlier à la loupe

Pontarlier – Place Morand

La place Morand n’existe plus, le Conseil Municipal du 15 novembre 1970 ayant décidé d’en faire la place Charles de Gaulle. Mais il s’agit plutôt d’une photographie de la Saint-Pierre que de la place elle-même. Alors, parlons-en de la Saint-Pierre puisque, quand vous recevrez cette lettre d’été, la fête battra son plein. Beaucoup de manèges, de stands, de forains, de baraques, de loteries, chevaux de bois, confiseries et attractions…entre les bâtiments de l’actuel collège Grenier (1845) et de l’ancien hôtel du Commerce, aux pieds du château d’eau et sous l’œil vigilant de la chapelle Notre-Dame de l’Espérance (1861).
A l’origine, la fête de la Saint-Pierre était d’abord la fête du faubourg Saint-Pierre. Fête religieuse avec procession, cérémonie du pain-bénit et messe (à l’église Saint Bénigne) ; fête familiale qui regroupait le ban et l’arrière ban des familles autour d’un repas plus copieux qu’à l’ordinaire ; fête populaire enfin avec retraite aux flambeaux à travers les rues de la ville derrière la Nonancourt (première harmonie pontissalienne), bal et jeux bon enfant au Frambourg où l’on se rendait en chars à bancs, transports publics de l’époque. Puis vint l’époque des premiers manèges et des attractions qui encombraient toute la route du Chauffaud au Frambourg empêchant quasiment toute circulation autre que celle des badauds. Peu à peu la fête populaire au Frambourg perdit de son importance et se replia sur le faubourg Saint-Pierre, faisant par là le bonheur des uns (essentiellement les bistrotiers) et alimentant la colère des riverains, lassés des dérangements, du bruit et des nuisances diverses. Pétition après pétition ces derniers finirent par avoir raison de la fête foraine qui fut repoussée d’abord sur la place Morand (notre photo), sur la place Clémenceau après la destruction du château d’eau, puis sur la place Pergaud, et enfin dans la zone des Grands Planchants.
Mais, chaque époque ayant ses spécificités, ses modes et ses progrès techniques, il n’y a sans doute pas grand-chose de comparable entre ces premières fêtes de la Saint-Pierre (avant 1870) et celles que nous pouvons connaître aujourd’hui. N’imaginons même pas les toutes premières fêtes corporatistes médiévales qui pourraient être à l’origine de cette Saint-Pierre ! Dans plusieurs articles consacrés à la Saint-Pierre et parus dans les journaux locaux l’historien Louis Martin énumère toutes les attractions qui faisaient les beaux jours de ces fêtes : le Théâtre salon Carmelli avec le Commandeur Piétro dans ses évolutions des forces invisibles, la mystérieuse voyante gitane Niranka, la ménagerie Camillius avec ses tigres du Bengale, ses lions d’Abyssinie, ses hyènes du sud africain, ses ours blancs des mers du nord…, les phénomènes, les monstres, Kobelkoff…, l’homme-tronc, le musée Dupuytren, les lutteurs qui défient dans le public les plus audacieux des jeunes militaires en garnison, et puis la plus nouvelle, la plus sensationnelle, la plus noble des attractions parmi ces arts de foire : le Cinématographe L.Bracco… A l’heure de la télévision et du cinéma en 3D tout cela peut faire sourire !
Combien de Saint-Pierre se sont ainsi écoulées ? Cent, cent cinquante, plus sans doute, toutes différentes, populaires, bon enfant, débridées, retenues, techniques, mécaniques…chacune apportant sa part de joie, de rêve, de rencontres…tout cela transformé en souvenirs quand les flons-flons se sont éteints, quand on a replié les chapiteaux, rangé les chevaux de bois, fermé les portes des roulottes. C’est l’histoire de la ville, l’histoire des fêtes et des manèges mais ce sont aussi des histoires humaines, premiers manèges, premières sensations, premières peurs, premières sorties, premières émotions, premières amourettes… Ainsi va la vie !

Joël GUIRAUD

 



Le 1er mars 2010

Lancement de

la Route de l'Absinthe Franco-Suisse !

Pourquoi une route de l'absinthe franco-suisse ?

L'Absinthe est une variété d'armoise. C'est une plante vivace, fortement aromatique qui pousse dans toute l'Europe jusqu'à une altitude de 2000 mètres, mais il est établi que les plantes du Jura franco-suisse dégagent des senteurs incomparables et bien supérieures à celles d'autres régions. Ses vertus médicinales et thérapeutiques liées aux problèmes digestifs sont reconnus dès l'antiquité.

A la fin du XVIIIe siècle, en Suisse, dans le Val-de-Travers, l'absinthe, mélangée avec d'autres plantes telles que l'hysope, la mélisse, l'anis vert et le fenouil, devient une boisson macérée, ou distillée. Puis, confrontés à un problème de forte taxation douanière à l'exportation, les distillateurs suisses décident de s'installer à Pontarlier, capitale voisine du Haut-Doubs, située à 837 mètres d'altitude. Les débuts sont difficiles, et ce n'est qu'à partir de 1830 que la consommation d'absinthe va réellement augmenter grâce à l'appui, involontaire, des troupes coloniales françaises ; ces soldats utilisent en effet l'absinthe pour purifier l'eau. De retour en France, victorieux, ils vont d'une part importer leurs habitudes de consommation, donc déguster leur absinthe dans les cafés des grands boulevards parisiens et les bistrots des villes de garnison, et, d'autre part, devenir des héros que l'ensemble du public aura plaisir à imiter. L'absinthe s'invite dès lors à toutes les tables à l'heure de l'apéritif.

Le pic de consommation se situe vers 1900 avec, à Pontarlier, 25 distilleries, 111 bistrots, cafés et bois-debout et quelques 15 millions de litres produits dont 7 uniquement par la Distillerie Pernod. L'heure verte sonne aussi dans les milieux artistiques et
littéraires, les Rimbaud, Verlaine, Toulouse Lautrec, Van Gogh, Jarry et bien d'autres encore pensant parfois trouver l'inspiration au fond des verres d'absinthe. C'est l'époque des cabarets, le Moulin Rouge, le Chat Noir, le Mirliton d'Aristide Bruand, c'est l'âge d'or du french-cancan, le règne de la Goulue, de Jane Avril, Yvette Guilbert, Lucien Guitry...toute une époque !

Malheureusement, la dérive de consommation plus communément appelée l'absinthisme, la virulence des ligues anti-alcoolique, le corps scientifique, le lobby viticole et le monde politique auront raison de l'absinthe à l'occasion de la première guerre mondiale. Le 17 mars 1915, la loi interdisant la fabrication et la consommation est votée à l'unanimité par le parlement français. Ce sera un peu plus tôt en Suisse, le 7 octobre 1910, après un vote du peuple.

Ce fut la fin de la consommation mais bel et bien le début du mythe de la boisson interdite et… du trafic clandestin. Après l'interdiction, le Val-de-Travers continua de produire une absinthe clandestine, que des distillateurs, nommés bientôt résistants, vendaient un peu partout en Suisse…et ailleurs. Cette production, qui faisait la joie des amateurs et des médias, dura jusqu'en 2005, qui vit la libéralisation de la Fée verte en Suisse. Appelée lait de vache, lait de tigre, l'absinthe tenait toujours une table discrète dans l'arrière salle des bistrots mais entrait dans l'histoire officielle avec les musées, à Môtiers d'abord, puis à Pontarlier et à Auvers-sur-Oise et tandis que, depuis 1983, les ouvrages traitant de l'absinthe se multipliaient sous la plume de spécialistes et collectionneurs comme Marie-Claude Delahaye, Benoît Noël et Pierre-André Delachaux.

En 1997, le Comité des Fêtes du village de Boveresse, sous la houlette de Nicolas Giger et Eric-André Klauser, organise la 1ère fête de l'absinthe en Suisse.

Toujours dans les têtes, mais plus rarement dans les verres, la réapparition de l'absinthe s'effectue en France grâce à l'Union Européenne, avec une directive de 1988 qui en autorise la fabrication à condition de limiter son taux de thuyone à 35 milligramme par litre. Pour information, la thuyone est une molécule contenue dans la plante d'absinthe qui, à haute dose, attaque le système nerveux. La même année, cette directive est transposée par un décret du gouvernement de Michel Rocard autorisant la fabrication mais sous l'appellation apéritifs à base de plantes d'absinthe ou spiritueux à base de plantes d'absinthe, évitant ainsi l'abrogation de la loi de 1915.

A la lueur de ce cadre législatif, de nombreux nouveaux produits vont apparaître sur le marché dont, à la fin de l'année 2001, celui de François Guy, distillateur pontissalien (produit titrant 45°).

Cette même année 2001, l'Association les Amis du Musée de Pontarlier décide d'organiser une manifestation annuelle se déroulant le 1er week-end d'octobre intitulée les Absinthiades. Cette manifestation à vocation culturelle, pédagogique et informative, a pour objectif de replacer Pontarlier à sa place de capitale économique mondiale de l'absinthe, place qu'elle a occupée de 1805 à 1915. C'est au même moment que sont créés des chocolats, des gâteaux et des parfums à base d'absinthe.

En 2004, la Ville de Pontarlier lance, à son tour, la fête de l'absinthe, manifestation à vocation touristique qui se déroule le dernier week-end de juillet.
Le 1er mars 2005, la Suisse abroge la loi d'interdiction de 1910 ; une interprofession regroupant seize distillateurs et un cultivateur voit alors le jour.

En 2006, Thomas Cantagrill, jeune étudiant stagiaire, rédige un cahier des charges servant de base à la création d'une route de l'absinthe franco-suisse entre Pontarlier et le Val-de-Travers.

Mi 2008 : sous l'égide de Philippe Chapon, président des Amis du Musée de Pontarlier, et de Nicolas Giger, l'Association Pays de l'Absinthe est née.

2009, voit le lancement administratif d'une route de l'absinthe, projet culturel et touristique, financé par l'Union Européenne, les collectivités locales, prévoyant une signalétique routière et patrimoniale, des outils de communication et de promotion (brochure, site web, produits dérivés…), ce qui confirme, s'il était besoin le caractère transfrontalier de l'absinthe.

EDITIONS DES AMIS DU MUSEE ENCORE DISPONIBLES

Prix : 8 € (+ frais d’envoi en France 2 €, en Suisse 4 €).

 

Prix : 10 € (+ frais d’envoi en France 2 €, en Suisse 4 €).

 

Prix : 12 € (+ frais d’envoi en France 2 €, en Suisse 4 €).

 

 

 

 

 

 

 

 

La Lettre des Amis du Musée

Directeur de Publication : Ph. CHAPON

Rédacteur en Chef : J.GUIRAUD

La Lettre des Amis du Musée est une publication mensuelle

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