Puisque cette Lettre des Amis du Musée porte sur les deux mois de Juillet et d'Août 2008, le Pontarlier à la loupe de ce numéro sera double et ce sont deux cartes postales anciennes que nous vous proposons. La première, "L'épluchage des pommes de terre" au Camp des Pareuses, fait suite (sous forme de clin d'œil) au texte de Mr Delsalle sur la patate que nous avons publié le mois dernier.

Pontarlier à la loupe

Peu de vrais éplucheurs pour cette corvée de pluches photographique mais beaucoup de "figurants" puisqu'il s'agit d'une carte postale destinée à illustrer la vie militaire pontissalienne au quotidien.

Une fois encore, nous renouons le fil avec quelques uns de ceux qui nous ont précédés grâce à cette carte postale et, aussi, grâce à ces patates ! Ces soldats en manœuvres, militaires de carrière ou appelés, ont passé plusieurs jours, voire plusieurs semaines, dans ce camp des Pareuses et dans la Chaux d'Arlier à effectuer des exercices de tir d'artillerie. Loin de leurs familles, ils ont largement participé à l'animation de la ville, qu'il s'agisse des mouvements de troupe, des défilés, des concerts ou de leur participation à la vie économique. N'oublions pas : plus de 100 bistrots, cafés, restaurants et "bois-debout" à Pontarlier au début du XXe siècle ; ça faisait quand même beaucoup pour les seuls pontissaliens et il a bien fallu que tous ces militaires donnent un coup de main aux pontissaliens pour assurer la survie de tous ces débits de boisson ! Et c'est le commandant de la place lui-même qui, à la fin du XIXe siècle demande au Maire de Pontarlier d'aménager une salle des fêtes pour que les soldats en manœuvres puissent avoir d'autres lieux de distractions un peu plus culturels que les salles de cafés !

Que sont-ils devenus tous ces soldats ? Combien ont été engloutis dans la boucherie de la Première guerre mondiale ?

C'est Henri qui a signé cette carte postale envoyée à sa mère, semble t'il, le 26 août 1905. Il a fini ses manœuvres et il sera libéré dès le retour des troupes à Besançon. Là, le cousin Henri lui donnera ses habits civils que sa mère va lui envoyer et il prendra le train pour rentrer chez lui, à Villebois (dans l'Ain). Et, dernière précision à propos de ses habits : "Tu ne mettras pas de chapeau ; Je m'achèterai une casquette pour m'en aller ; tu me mettras ma cravate noire et une chemise à faux cols". Voilà, Henri sera en habit du dimanche pour rentrer à la maison, reprendre son travail après un long temps de service militaire obligatoire, fonder une famille peut-être…Où repose t'il Henri maintenant, plus de cent ans après l'envoi de cette carte postale ? Dans le petit cimetière de son village après une vie bien remplie, grand-père, arrière grand-père…, ou, fauché dix ans plus tard, dort-il sous une croix blanche à son nom dans un de ces nombreux et si émouvants cimetières militaires de la Somme (ou d'ailleurs), avec d'autres "éplucheurs de patates" ?

Ca n'a l'air de rien une carte postale de corvée de pluches, mais qu'est-ce que ça peut être bavard quand on prend le temps de l'écouter pour suivre le fil du temps qui se déroule et sur lequel nous faisons tous de l'équilibre pendant quelques décennies !

Joël GUIRAUD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pontarlier à la loupe

Voilà une carte postale qui a presque valeur d'anniversaire puisqu'il y aura la bagatelle de 108 ans que les pontissaliens inauguraient en grandes pompes musicales le Théâtre forestier.

Le 1er octobre 1898, Mr Émile Magnin au nom de la Société des Intérêts Pontissaliens écrit au maire de Pontarlier pour lui demander la location d'un terrain de 28 ares au lieu-dit les Plans Battelins afin d'y aménager un théâtre forestier " … offrant quelque analogie avec les créations que les municipalités de Bussang et de Gérardmer ont réalisées dans les Vosges… au grand avantage des populations et des touristes ". Le projet du Théâtre Forestier de Pontarlier, qui est en fait celui de M. Arthur Bourdin, conservateur des Eaux et Forêts et véritable créateur du Théâtre Forestier, s'accompagne d'un plan établi par les promoteurs. Le même jour le conseil municipal prend une délibération favorable et le 21 octobre un bail de location de 18 ans est signé entre la Ville et la Société des Intérêts Pontissaliens, pour un franc symbolique. Le Théâtre Forestier est né, mais de fréquentes déprédations en retardent l'exécution, les travaux traînent en longueur et ce n'est que le 12 août 1900 qu'est organisé le premier concert dans ce lieu que la presse locale de l'époque n'hésite pas à qualifier de Bayreuth pontissalien !

Les sociétés et associations pontissaliennes (musicales, gymniques, théâtrales…) y donnèrent régulièrement (jusqu'en 1911 environ) des représentations qui réunissaient toujours un public nombreux. Délaissé pendant de longues années après des échecs liés à une météorologie capricieuse, il fut à nouveau réutilisé dans les années 1960, puis à l'initiative de l'ADELI de 1977 à 1980, les services de l'ONF en assurant un réaménagement. En 1994 après plus de dix années d'oubli il est à nouveau remis au goût du jour par la municipalité pour des manifestations populaires malgré des conditions climatiques fantaisistes. Cette expérience reste finalement très ponctuelle et l'utilisation du Théâtre forestier comme théâtre de plein air demeure exceptionnelle. Par contre c'est toujours un lieu de pique-nique familial assez prisé du public en saison estivale.

Extrait de Pontarlier de A à Z Editions Cêtre, Besançon, 1998

Joël GUIRAUD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Lettre des Amis du Musée

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